RENCONTRE DE L’INSERM
et DES ASSOCIATIONS DE MALADES
Rôle des associations
de patients dans
le partenariat sur la
recherche médicale.
Mardi 7 Avril 2003, Hôtel de ville de Paris
Après l’allocution d’accueil , Christian
Bréchot , directeur de l’INSERM, a
présenté la politique d’ouverture de
l’INSERM vers les associations de malades .
Quatre
propositions sous-tendent cette politique :
Ø Proposition 1 : Accroître
l’intégration des associations dans les instances de l’INSERM : Ouverture de
certaines instances de l’INSERM dans les
domaines tels que l’animation des programmes scientifiques ,
ainsi que les domaines de l’expertise ( expertises collectives de l’INSERM ,
veille et prospectives scientifiques et technologiques ) .
Ø Proposition 2 : créer les
conditions favorisant le soutien à la recherche
par le biais d’actions d’information et de communication vis à vis des
associations pour mieux faire comprendre
par les décideurs les véritables enjeux des programmes de recherche
Ø Proposition 3 : construire des
liens avec les associations autour de la recherche clinique et de la recherche
en santé clinique : Mieux faire connaître les exigences méthodologiques de
la recherche , relayer l’information auprès des
malades , accroître ainsi la qualité des protocoles d’essais ou des
enquêtes et au demeurant dégager des
idées de recherche . La mise en place d’un comité de patients serait
souhaitable.
Ø Communiquer
, former et informer de manière privilégiée . Les associations
sont demandeuses de formation et d’information scientifiques sur les recherches
en cours , les résultats de ces recherches , mais
également demandeuses d’une meilleure visibilité sur le fonctionnement de
l’INSERM et de la recherche médicale en général . L’organisation d’un accès dédié
aux associations de malades ( téléphone et Web) , de
formations scientifiques et
méthodologiques , de rencontres et de partage d’information sont des axes sur
lesquels l’INSERM devra intensifier son action .
L’INSERM
recommande la création d’une mission
dédiée aux associations de malades comprenant :
Ø Un comité de
coordination composé de représentants d’associations ,
de chercheurs et de l’administration . Ce comité de coordination serait force de propositions et d’initiatives
auprès de l’INSERM . Il accompagnerait la mise en place des
actions .Son rôle serait aussi
d’observer les évolutions sur le plan international les modes de participation des associations à
la recherche
Ø Une structure
« interface » avec les associations
avec des interlocuteurs des dédiés
Les représentants d’association présents
ont applaudi cette politique d’ouverture
et se sont exprimés de la manière suivante :
q
Mr le Président de l’Association sur l’Epilepsie ,
Président de la Fédération de la Recherche sur le Cerveau
Ø
Trouver un moyen d’encourager les programmes de recherche
transversale impactant plusieurs
pathologies
Ø
Le budget de la recherche française étant en baisse
, le partenariat et le soutien financier
des associations ne doivent pas devenir un substitut économique à des budgets
d’état non alloués . « Nous ne sommes pas des vaches à lait » .
q
Une chercheuse du CNRS a parlé d’améliorer la communication entre
chercheurs scientifiques et patients et a proposé une solution de
« parrainage ». Toute pathologie aurait un interlocuteur privilégié
désigné au sein de l’INSERM, qui
assurerait la communication vis à vis des associations de patients concernées par la pathologie.
q
Plusieurs représentants d’associations de maladies dites
rares ont rapporté avoir parfois des budgets dans pouvoir soutenir un projet
de recherche puisque aucun chercheur
ne s’intéressait à la compréhension de pathologies rares. Cependant ,
il existe plus de 6000 maladies rares , et au travers du collectif
« Alliance maladies rares » , ces associations ont en commun le
soutien et l’aide des familles sur le plan social , mais rien sur le plan
scientifique.
o
Une association a parlé de l’action menée au niveau européen
afin d’obtenir la mise sur le marché de molécules agréées par l’Agence
européenne du médicament .
q
Une représentante de l ‘association sur la schizophrénie , pathologie atteignant 1%
de la population en France , déplore l’absence de programme de recherche de l’INSERM
sur cette pathologie
q
Une autre déplore l’absence d’enquêtes épidémiologiques incluant
des associations de patients
q
Un représentant de TRT5 ( Collectif
d’Associations sur le SIDA )
déplore :
Ø
Le travail non concerté des associations de patients en
France par rapport au travail fait au niveau européen et donc la nécessité absolue de coordonner
les efforts entre associations
Ø
L’absence de données épidémiologiques : qui sont finalement
ces malades ,
utilisateurs finaux des recherches menées ?
Pour TRT5 , les associations
doivent participer aux choix des priorités sur les programmes de
recherche au niveau européen , et donc au niveau français . L’INSERM ne pourra
pas tout faire !
q
Un représentant de
l’association des diabétiques de l’ AFD a
parlé des appels à dons et surtout des appels à projets soutenus par
l’AFD : 17 bourses de recherche ont ainsi été financées
et promues par l’AFD, dont certaines sur
l’INSERM . Il souhaiterait une meilleure
coordination avec les chercheurs lors de cette phase d’appels à projets.
q
La Représentante de France Alzheimer a parlé de
partenariat éthique entre associations de patients et l’INSERM
. Je cite « Nous devons
sortir d’une logique paternaliste où les scientifiques savent et les
associations de patients apportent des dons » .
l’INSERM doit tenir compte de la diversité des associations ,
aux tailles différentes et aux dynamismes variés . Les places de choix dans les
programmes de recherche de l’INSERM ne doivent pas être attribuées aux quelques
« grandes » qui collectent le plus de dons .
q
Un représentant de AIDES
a indiqué que la définition des priorités de recherche
, à la fois sur le plan de la recherche fondamentale et sur le plan de
la recherche clinique devait être effectuée dans la totale transparence ;
le constat étant qu’aujourd’hui , seules les associations « qui jouent
dans la cour des grands » telles que l’AFM ou La Ligue contre le Cancer pouvaient prétendre à une certaine visibilité
. ( Il faut noter que le Président de l’AFM siège
sur l’estrade à côté de Mr Bréchot , et non pas dans la salle avec les
autres associations )
q
Deux autres représentantes d’associations n’ont pas mâché leurs
mots :
Ø
L’une d’elles a parlé de l’absence
de valorisation du travail de recherche mené avec des malades à l’intérieur
de l’INSERM : « Les chercheurs sont plus motivés par leurs paillasses
que par la collaboration avec les malades »
Ø
Une autre a mis l’accent sur la
complexité et la lourdeur administrative des actions de recherche .
Elle a déploré également l’absence de pérennité au delà de 2 à 3 ans des
actions de recherche menées
q
Un représentant de l’association sur le syndrome
cérébelleux a demandé des explications
sur les modalités de coopération de l’INSERM avec le CNRS ,
les Universités , les Entreprises et les organisations de recherche
internationales
Mr Bréchot, directeur de l’INSERM, a ensuite dégagé de l’entretien les conclusions
suivantes
L’INSERM poursuit des recherches fondamentales et des
recherches cliniques ( plus de 110 essais en cours )
ne couvrant cependant pas toutes les pathologies.
L’INSERM
a des coûts internes importants et est présent sur beaucoup de domaines , bien qu’elle fasse peu de communications sur ces
actions envers les média .. ce qui peut donner l’impression parfois qu’elle est sur tout
et ne fait rien .
L’INSERM
doit faire un effort de transparence quant aux choix des priorités et apporter
plus de visibilité et plus de participation des associations sur la recherche
clinique en particulier . Elle doit cependant garder
les rênes pour orienter la recherche fondamentale .
Mr Bréchot fait une rapide comparaison avec le
NIH aux USA :
L’offre
de crédit au NIH est très importante , c’est la conséquence directe de l’effort de tout un
pays autour de la recherche médicale , et en particulier la conséquence
d’une véritable concertation des associations pour promouvoir des projets de
recherche .
Mr
Bréchot déplore qu’en France , les associations fassent un travail intéressant mais dispersé donc non
efficace.
En conclusion , Mr
Bréchot propose de retenir :
è La plus grande implication des associations de malades aux études
cliniques et aux essais thérapeutiques .
(proposition 3
initiale)
è
La mise en commun d’une base de
données sur INTERNET , organisée en mots clés , permettant
le partage d’informations entre associations et chercheurs . Cette banque de
données permettrait de dégager les
projets de recherche ayant le plus d’intérêts communs à plusieurs pathologies . Elle répondrait à la prise en compte de
critères transversaux évoqués par
plusieurs associations .
è
Encourager et valoriser auprès des chercheurs le
travail avec les associations de malades .
Mettre
au point une nouvelle politique vis à vis des chercheurs tendant à
pérenniser ( contrats
d’interfaces sur 2 à 3 ans ) la recherche à moyen et long terme sur un thème ( ou une pathologie ) donnée
è Mettre l’accent sur la formation des associations et la diffusion des connaissances
scientifiques par les chercheurs auprès des associations
Marie-Pierre Nourry.
Dossier remis aux participants :
Les propositions de l’INSERM
Le Rapport annuel INSERM 2002 / 2003
Un dossier sur les tests génétiques
Un dossier
sur l’organisation de la recherche biomédicale de l’INSERM