DIX PROPOSITIONS

 

POUR LA MALADIE DE PARKINSON

 

 

 

Septembre 2005

 

 

 

 

 

 

Par le nombre de malades atteints, par la nature même de ses symptômes et par la gravité de son évolution, la maladie de Parkinson (MP) est bien un défi auquel la société se doit d'apporter des réponses efficaces et respectueuses de la dignité des malades et de leurs familles.

 

La question se pose de savoir si les particularités de la maladie justifient des mesures spécifiques et nouvelles.

 

La réponse est pour nous sans ambiguïté.

La maladie de Parkinson nécessite des efforts importants sur le plan quantitatif et spécifiques sur le plan qualitatif.

 

Mais, comme cela fut le cas pour le Sida ou la maladie d'Alzheimer, la maladie de Parkinson est un formidable révélateur des insuffisances de notre système et les réponses que nous apporterons à cette maladie seront bénéfiques bien au-delà de cette pathologie complexe.

 

C'est tout le regard que la société porte sur le handicap moteur, psychologique, et, pour le cas des personnes les plus âgées, sur la vieillesse qui s'en trouvera modifié.

 

Proposer un plan d’action relatif à la maladie de Parkinson et en faire une priorité n'est pas seulement apporter une réponse aux personnes et aux familles confrontées à cette maladie, ce sera aussi donner aux personnes âgées ou plus jeunes, malades ou valides, toute la considération qui leur est due mais qu’ils ne reçoivent pas.

 

Les études économiques n'ont permis qu'une estimation grossière de la dépense globale, sans précision sur la part de chacun des payeurs.

En revanche, elles insistent toutes sur les coûts supportés par les malades et leurs familles.

 

Surtout, il apparaît une disparité évidente entre le taux de couverture socialisée de ce qui relève du sanitaire et la faiblesse de la couverture des besoins sociaux.

Cette disparité devient flagrante dans cette maladie au stade tardif où les coûts sanitaires restent modestes contrairement à la dépense sociale qui est importante.

C'est pourquoi la maladie de Parkinson impose des réponses et des mécanismes spécifiques et soulève, plus que beaucoup d’autres, le problème de la gestion coordonnée des financements sanitaires et sociaux.

 

Les propositions faites ci-après regroupent l’ensemble des problèmes et des solutions envisageables pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes et de leurs accompagnants.

 

Elles sont à la fois tout à fait spécifiques de la MP, sur certains points, très proches des mesures adoptées en faveur des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, annoncées en septembre 2004 par le ministère de la Santé.

 

 

 

 

 

 

Proposition N°1 :

Reconnaître la spécificité de la maladie de Parkinson.

 

 

 

La spécificité de cette maladie doit être reconnue et prise en compte afin de mettre ainsi un terme à la méconnaissance générale de cette pathologie, aux inégalités régionales de soins et aux insuffisances de la politique sociale, médicale et de recherche.

 

La reconnaissance de cette spécificité fera mieux comprendre l’ensemble des problèmes à régler dont, en particulier et plus rapidement, ceux liés aux soins médicaux et aux conséquences et prise en charge administratives de cette maladie comme :

 

ð      dans l’obtention de l’ALD, trop tardivement accordé avec les conséquences sur la prise en charge par les organismes d’assurance-maladie

 

ð      dans les taux d’indemnisations journalières accordées dans certains secteurs de la fonction publique

 

ð      dans la reconnaissance du handicap lié à la MP par les organismes COTOREP

 

ð      dans la classification du handicap induit par la MP sur la grille AGGIR

 

 

Dans la classification de la grille AGGIR, un dispositif qui tienne compte de l'évolutivité de l'état du malade devra être retenu. Même si le degré de perte d'autonomie conduit rapidement à classer les malades en 1 ou 2, la progressivité de la détérioration est un trait important de la maladie.

 

 

 

 

Proposition N°2 :

Prendre en compte les besoins

des personnes atteintes et de leurs familles.

 

 

Mieux prendre en compte les problèmes et les besoins des malades et des familles et mettre en place une offre adaptée :

 

ð      pour les malades : mobilité réduite et difficultés de déplacement, solitude, difficultés de prise en charge médicale, paramédicale et administrative

 

ð      pour les familles : difficultés de déplacement avec personne malade et absence de disponibilité horaire sans la personne malade,

 

 

L'objectif est de faire évoluer les modes de prises en charge des malades et d'aider à l'ouverture de structures adaptées, de type maisons de jour et maisons de vie.

 

ð      Développer les possibilités d'accueil de jour dans des structures non hospitalières. Ici, les solutions devront être caractérisées par un maximum de souplesse afin de tenir compte au mieux de la diversité des situations et de l'effet bénéfique de ces prises en charge brèves sur les conditions du maintien à domicile.

 

ð      Favoriser lors de l'accueil de jour la mise en place de programmes de réhabilitation physique (kinésithérapie, orthophonie, orthoptie), de stimulation de la mémoire et des fonctions cognitives. Ces programmes contribuent à ralentir l’exclusion et la marginalisation, le         "désapprentissage" des  fonctions motrices et à retarder la perte d'autonomie.

 

ð      Créer un plus grand nombre de possibilités d'hébergement temporaire au sein des institutions de vie communautaire. L'hébergement temporaire constitue à la fois un soutien aux aidants familiaux et une transition ménagée vers le séjour permanent en institution.

 

ð      Favoriser la création d'unités d'accueil spécifique pour personnes psychotiques ou démentes dans les institutions qui reçoivent des personnes pour des séjours non temporaires, avant tout pour les personnes âgées mais sans oublier les plus jeunes et l’impérative nécessité de ne pas sans cesse les assimiler à une génération qui n’est pas la leur. La spécificité se justifie d’abord par les besoins très particuliers de la prise en charge des personnes atteintes de Parkinson et aussi pour le confort des autres personnes présentes dans des institutions.

 

 

 

 

Proposition N° 3 :

Institutionnaliser la coordination

des réponses sanitaires et sociales.

 

 

La mise en place de consultations spécialisées multidisciplinaires est à développer avec, à terme, dans chaque région, la création d’au moins un centre spécialisé expert pour la maladie de Parkinson, bénéficiant de la pluridisciplinarité la plus complète et participant aux programmes de recherche.

 

L'effort à faire vise à améliorer l'accès au diagnostic pour éviter les retards et les insuffisances, à améliorer la prise en charge de l’intégralité des troubles de la maladie et non pas, exclusivement ou presque, que des seuls troubles moteurs, et à incorporer dans cette prise en charge globale la lutte contre tous les facteurs de stress chronique dont les problèmes psychologiques et socio-économiques créés et/ou sous-jacents.

 

Cette coordination entre données sanitaires et socioéconomiques est d’autant plus fondamentale qu’elle s’adresse à des personnes de mobilité souvent réduite et qui ont du mal à affronter seules tous les problèmes, en particulier :

 

ð      Ceux liés aux soins avec

 

§         la nécessité de placer la personne atteinte au centre des soins fournis par une équipe multidisciplinaire et non pas, comme actuellement, en orbite d’un système de soins non organisé pour elle, où sa mobilité réduite et ses difficultés personnelles restreignent l’accès

 

§         et celle de fournir, en cas d'hospitalisation ou de séjour en maison de convalescence, repos ou retraite, un accueil compétent et sans risque de déséquilibre ni d’aggravation de sa maladie ni de sa qualité de vie.

 

 

ð      Ceux plus administratifs qui conditionnent la vie financière, l’aide reçue et la prise en charge, avec nécessaire régularisation des disparités observées 

 

 

 

 

Proposition N° 4 :

Améliorer l’information générale

et celles des personnes atteintes sur la maladie

 

 

·   Dans le cadre d'une meilleure information générale sur la maladie,

 

ð      Une mallette spécifique (contenant un guide, une affiche et des livrets) devra être réalisée. Destinée en priorité aux médecins en charge, elle devrait faciliter la relation médecin-patient dès l'annonce du diagnostic et tout au long de l’évolution.

 

ð      Parallèlement, un "mémento Parkinson", document pratique, sera réalisé et diffusé afin d'expliquer les différentes modalités d'accueil et de prise en charge.

 

ð      Enfin, une plate-forme téléphonique gratuite, d'aide et de conseils aux familles, sera créée.

 

 

·   Dans le cadre de l’amélioration des conditions et de la qualité de vie des personnes atteintes :

La MP est une maladie difficile à vivre et la bonne gestion de ses traitements est complexe.

 

L’éducation thérapeutique des personnes atteintes et des accompagnants est une nécessité absolue pour optimiser les résultats de toute la prise en charge et du traitement, améliorer la qualité de vie de ces personnes et diminuer les surcoûts dus à la méconnaissance générale.

 

Cette notion d’éducation thérapeutique est fondamentale ; elle permettra :

 

ð      La meilleure connaissance des traitements par les patients et leur bien meilleure utilisation

 

ð      Un contact plus fréquent et favorisé entre personnel soignant et personnes atteintes, permettant

ð      aux malades de mieux comprendre leur MP, sa variabilité, ses contraintes ainsi que ses médicaments pour optimiser leurs effets

ð      aux soignants de mieux évaluer l’impact réel de la MP dans toutes ses composantes sur les malades et de mieux connaître la réalité quotidienne de la maladie à domicile

 

ð      Des rencontres régulières entre personnes atteintes et accompagnants, avec développement d’un réseau de soutien interpersonnel.

 

 

 

Proposition N° 5 :

Prendre en compte la spécificité des patients les plus jeunes

 

 

 

Les formes dites précoces de la maladie de Parkinson surviennent avant 40 ans et représentent environ 10 % à 15% des cas.

Le diagnostic avant 50 ans représente, quant à lui, environ 30% des cas.

 

A ces âges, le retentissement sur la personne malade et son entourage est toujours très important.

Les patients jeunes ont souvent une responsabilité parentale, parfois monoparentale, à exercer et ils sont astreints à faire face leur devoir, avec et malgré tous les retentissements de la MP sur leur situation et de la situation sur leur  MP.

 

 

Un groupe d'experts pluridisciplinaire comprenant des représentants des malades devra être constitué et chargé de faire des propositions pour une prise en charge adaptée de l’ensemble des problèmes, psychologiques, socioéconomiques et professionnels.

 

 

Les enfants de patients, de tout âge mais plus particulièrement les mineurs, doivent pouvoir trouver une aide pour affronter la maladie de leur parent. Cette aide doit être envisagée, tant sur le plan de l’information que sur celui de la prévention des conséquences psychologiques de la situation sur ces enfants ou adolescents.

 

 

 

 

 

Proposition N° 6 :

Améliorer l'accompagnement, l'encadrement et la prise en charge

des malades à domicile

 

 

La formation de personnel soignant type « infirmière ou aide soignante Parkinson » pour visite et soins éventuels à domicile est nécessaire pour réaliser le lien entre les structures de soin, les consultations multidisciplinaires, les médecins spécialistes et la personne malade.

 

Les visites à domicile vont dans le sens de la mise en place d’une politique d'accompagnement renforcée pour les malades, dès les stades précoces et avec l’idée de mieux accompagner les malades aux stades évolués grâce à la création de places en petites unités de vie.

 

La formation spécialisée de ce personnel devra être mise en place dans l’idée d’une aide spécifique à la maladie ainsi que des moyens techniques de contact et de circulation des informations avec les thérapeutes.

 

Ainsi sera facilitée la prise en charge des malades en situation difficile.

L'évolution de la maladie de Parkinson est parfois marquée par des moments problématiques avec déséquilibre thérapeutique.

La gestion de tels épisodes requiert l’avis du spécialiste. Or, il n’existe pas de consultation médicale spécialisée à domicile et l’obtention d’un rendez-vous en urgence est rendue difficile par le faible nombre de neurologues et leurs agendas surchargés.

De ce fait, les médecins généralistes appelés ont parfois la lourde tâche de prendre en charge ces problèmes sans avoir, en réalité, tous les moyens  à leur disposition.

La présence d’une « infirmière ou aide soignante Parkinson » en liaison spécifique avec les neurologues permettra de résoudre bien des problèmes et d’éviter des hospitalisations parfois traumatisantes et rendues nécessaires par le système actuel ou les permettra dans de bonnes circonstances.

 

 

Le développement des courts séjours hospitaliers sera envisagé  de même que le financement des gardes à domicile après hospitalisation.

 

 

Le problème du nombre d’aidants se posant, celui des bénévoles doit être réfléchi, en particulier une allocation spéciale pour les aidants informels devrait être instaurée pour le service assuré auprès des malades.

Une telle mesure paraît plus légitime que les hypothèses d'allègement fiscal.

Cette proposition, qui est à la mesure de la charge que subissent les conjoints ou les enfants de personnes atteintes, doit être mis en place d'abord pour les malades à domicile mais pourrait aussi s'envisager pour l'aide qu'apporte l'entourage lorsque le parent malade vit en institution.

 

 

 

 

Proposition N°7 :

Améliorer la formation professionnelle

 

 

 

L'accent sera également mis sur la formation des professionnels médicaux et paramédicaux à propos de la MP, de sa plurisymptomatologie et de ses traitements médicamenteux avec règles particulières d’utilisation.

Le vécu réel de la maladie sera aussi porté à leur connaissance.

 

La disparité de répartition des spécialistes en neurologie est telle, en particulier entre les régions citadines et rurales, que les bases et le cadre de la formation plus spécifique des médecins généralistes, de ville comme d’établissements médicalisés pour moyen ou long séjour, doivent être intégrés à ce projet.

 

 

Cette formation permettra de mieux encadrer et développer les systèmes d’éducation thérapeutique et d’aider les bénévoles en complément de la diffusion d'informations sur la maladie, sur les recommandations thérapeutiques, le suivi, la prévention et le traitement.

 

 

 

Proposition N° 8 :

Etablir plus précocement un diagnostic

et instaurer un  meilleur accompagnement

 

 

L’utilisation de traitements neuroprotecteurs permettra un jour de ralentir l’évolution de cette maladie.

Aussi, en prévision, il est impératif de mettre en place toutes les structures et moyens techniques nécessaires à son diagnostic plus précoce. 

 

 

La fiabilité et la faisabilité de l’évaluation des paramètres cliniques et paracliniques de « dépistage » doivent être étudiées, avant mise en place, à partir des éléments déjà connus et décrits dans la littérature médicale.

 

 

 

Proposition N° 9 :

Favoriser les études cliniques et la recherche fondamentale

 

 

Les dépenses occasionnées par la prise en charge de la MP suivent l’accroissement constant du nombre de nouveaux cas et celui de la durée de vie.

Le problème de la prise en charge financière de cette maladie va se poser, comme pour l’ensemble des maladies neurodégénératives, de manière incontournable à l’horizon 2020.

La réflexion doit donc être engagée et les décisions prises sans retard et avec sérieux.

 

Seule la recherche peut apporter des éléments nouveaux et favorables à une réduction des coûts. La recherche française et européenne sur les maladies neurodégénératives et sur la maladie de Parkinson en particulier doit donc être encouragée.

C’est le seul investissement permettant d’imaginer une solution en 2020 : des personnes mieux traitées avec moins de complications, moins de dépendance , moins d’hospitalisation,  et, avec optimisme, une maladie devenue accessible à un traitement neuroprotecteur, freinateur ou, encore mieux, curateur.

 

Cette recherche ne peut être laissée au seul hasard de son organisation actuelle mais doit être

 

ð      décidée, selon un plan directeur à composer avec le concours de personnes atteintes de la maladie et très informées de tous leurs problèmes

 

ð      coordonnée, car les axes de recherche doivent être préalablement définis et les équipes de différentes branches médicoscientifiques être informées des résultats et connaissances acquises des autres pour une progression parallèle concomitante

 

ð      multi-branche, avec confrontation de données entre branches d’investigations qui habituellement ne se rencontrent pas

 

ð      ouverte au témoignage des personnes atteintes : aucun programme européen n’a jamais eu l’idée de demander ou d’écouter ce que ces personnes ont à dire

 

ð      ouverte aux techniques dites alternatives, afin de ne pas perdre de chance de développer une méthode améliorant la qualité de vie des personnes atteintes

 

ð      ouverte à des techniques de travail qui permettent de réfléchir différemment que traditionnellement, pour découvrir des liens insoupçonnés jusqu’à présent

 

ð      contrôlée sur le plan des investissements financiers et des résultats obtenus par une commission où les personnes atteintes auront une place importante.

 

 

 

Proposition N° 10 :

Créer un observatoire

pour développer la connaissance de la maladie.

 

 

 

Les connaissances sur la  MP sont à la fois insuffisantes au regard d’une possible guérison, mais immenses si l’on collige les publications à son propos, toutes recherches confondues.

 

De façon évidente, le cloisonnement qui existe entre les différents types de chercheurs, cliniciens et fondamentalistes, médecins ou biologistes, biochimistes, neurophysiologistes, etc. favorise l’absence de passage des informations d’un groupe à l’autre.

 

Seule une quantité limitée de données arrive à la connaissance de tous, le reste étant gaspillé, le temps, l’énergie, l’intelligence humaine et les fonds alloués aussi.

 

Pour développer la connaissance de la maladie et rentabiliser les efforts financiers nécessaires, seule est indispensable l’ouverture d’esprit.

 

Cet observatoire devrait de ce fait être largement ouvert sur des espaces de réflexion autres que purement médico-scientifiques :

 

ð      aux personnes atteintes, personnages principaux de leur maladie mais qui, jusqu’à présent, sont tenues et restent maintenues à l’écart de toute réflexion institutionnalisée à leur propos. Pourtant, leur connaissance, leur expérience pratique et leur vécu représentent une source particulièrement riche de nouvelles données et de compréhension des mécanismes internes de la maladie, et leurs témoignages appartiennent au domaine de la gratuité

 

ð      à leurs conjoints et accompagnants, pour des raisons similaires

 

ð      à tous les professionnels, médicaux comme non médicaux, en contact avec les personnes atteintes

 

ð      à des professionnels qui abordent la maladie chronique sous d’autres aspects importants, ceux de la sociologie, de la psychologie, de la philosophique et de l’éthique.

 

 

Cet observatoire doit ainsi développer la connaissance globale sur la MP et ses conséquences sur la vie de la personne atteinte et de son entourage et ne pas se focaliser uniquement sur son aspect purement médico-scientifique.

 

 

 

CONCLUSION

 

 

La maladie de Parkinson affecte plusieurs centaines de milliers de personnes en France, dont beaucoup sont âgées de plus de soixante-cinq ans mais 10 à 15% ont moins de quarante ans.

Ce nombre va croître dans les prochaines années, par augmentation de fréquence de la MP et de l’espérance de vie.

 

Décrite pour la première fois au début du XIXème siècle, la maladie de Parkinson reste une maladie énigmatique dont les causes et mécanismes sont encore mal établis, malgré l’importance des travaux de recherche qui lui sont consacrés.

 

Parce que sa définition est encore très focalisée sur la déplétion dopaminergique et les troubles moteurs, son caractère multisymptomatique, la précision de son équilibre thérapeutique et la multidisciplinarité nécessaire pour sa bonne prise en charge demeurent mal estimés par la plus grande partie des soignants, médicaux ou paramédicaux.

 

Mal connue du grand public dans sa réalité quotidienne et son vécu, son image demeure très généralement associée au grand âge, au tremblement et à la dégradation progressive des fonctions supérieures.

Et pour ceux qui la connaissent un peu mieux, le handicap moteur qu’elle induit et les mouvements anormaux compliquant la levodopathérapie ne la rendent guère plus attirante.

 

Depuis quelques années, dans les pays anglo-saxons d'abord, puis en France, une évolution des mentalités commence à se dessiner de façon encore discrète.

Les malades et leur famille ont besoin d'être reconnus et soutenus car ils ne peuvent faire face seuls et ils attendent des réponses de la part du système de santé et de toute la société.

 

Il appartient aux pouvoirs publics d'organiser ces réponses.

Un effort significatif et spécifique est indispensable à l'image de ce qui fut fait au cours des dernières années pour le SIDA, l'hépatite C, et, plus récemment, pour la maladie d’Alzheimer et autres démences.

 

Le diagnostic, purement clinique, est porté actuellement à un stade de lésions intracérébrales déjà évoluées.

Nul doute qu’il faille développer des techniques d’approche plus précise, en particulier grâce à la neuro-imagerie, et plus précoce, dans l’optique de la découverte prochaine espérée d’un traitement neuroprotecteur efficace, voire freinateur ou, encore mieux, curateur.

 

Poser le diagnostic, c'est offrir à la personne atteinte non seulement l’accès aux premières possibilités thérapeutiques mais aussi à l’information et à la compréhension de toute sa difficile prise en charge, en particulier médicamenteuse ; c’est fournir à cette personne les clefs de ses libres choix et de sa libre décision dans le traitement de sa maladie.

La lourdeur du diagnostic impose de recourir à des équipes médicales expertes et de développer des consultations spécialisées en favorisant la création de centres multidisciplinaires impliqués dans la recherche.

 

Poser le diagnostic, c'est aussi, pour le malade et pour son entourage proche, le début d'un long chemin douloureux dominé par l'envahissement de la vie par la maladie et par les problèmes liés au handicap progressif et à la perte d’autonomie.

 

La prise en charge d'un malade atteint de la maladie de Parkinson est d'abord celle d'une personne qui souffre et qui a besoin de respect, de dignité et de chaleur et d'être protégé dans ses droits.

 

La prise en charge concerne aussi la famille, tout au moins l'aidant proche (le conjoint ou un enfant) tant est lourd l’investissement physique, psychique et financier.

Elle a lieu, le plus souvent, à domicile, par le conjoint  mais elle devient problématique si la personne est isolée ou seul chef de famille.

 

Lorsque le stade d’évolution réduit son autonomie, la personne malade doit pouvoir bénéficier d'un accueil temporaire dans des centres pour quelques heures ou quelques jours où des possibilités de réhabilitation, traditionnelles ou alternatives complémentaires lui seront proposées.

 

Plus tard encore, si l'entrée en institution s'impose, la solution la plus adaptée doit être une structure spécialisée.

 

En cas de démence, il doit s’agir d’une unité accueillant 10 à 12 malades déments, soit isolée (plusieurs unités peuvent être rassemblées) soit au sein d'établissements recevant des personnes âgées.

 

Dans tous les cas, les soins nécessaires (crises psychotiques, affections intercurrentes) conduiront à faire appel à des équipes habituées à recevoir ce type de malades et  connaissant particulièrement bien la MP.

 

Ces recommandations sont destinées à éviter la médicalisation excessive de ces malades et à sa dangerosité.

 

Car le risque est bien réel, en particulier à la suite d'une hospitalisation en urgence dans un établissement non averti, de répercussions négatives inattendues, en particulier sur le difficile maintien de l’équilibre thérapeutique et les conséquences qui en dépendent.

 

La maladie chronique implique bien plus que la seule médecine dont les structures matérielles et intellectuelles ne sont pas prévues et formées pour prendre en charge toutes les facettes des problèmes engendrés.

 

Et ici, la situation actuelle de la MP en France démontre, de façon encore plus criante que, dans la très grande majorité des autres maladies, la société ne peut continuer à se décharger de ses responsabilités exclusivement sur le système de soins et sur le dévouement de ses professionnels.

 

En somme, face à la maladie de Parkinson, une médicalisation plus performante et plus spécialisée est nécessaire, en même temps qu’il est utile de démédicaliser le plus possible la conception de sa prise en charge.

 

Ces deux thèmes ne s’opposent en rien mais imposent à la société de rechercher des propositions nouvelles qui ne reposent pas uniquement sur l'hôpital, non préparé ni habitué à recevoir ces malades.

 

Car, trop souvent, c’est en restant en milieu hospitalier puis en structure médicalisée de type long séjour où la surveillance et les soins ne sont pas actuellement spécifiquement et donc suffisamment appropriés, que les personnes atteintes sont mises en marge de la société et par la société du fait de leur seul statut de malade.

 

 

Anne FROBERT

docteur en médecine,

atteinte de la maladie de Parkinson 

Lyon, Septembre 2005.

 

 

 

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