POURQUOI UN PLAN PARKINSON

 

 

 

Décrite pour la première fois il y a près de deux siècles, la maladie de Parkinson, maladie neurodégénérative encore incurable, reste très mal connue si ce n'est même ignorée, aussi bien dans ses mécanismes biologiques et cellulaires intimes que dans sa réelle quotidienneté.

 

Atteignant des personnes de tout âge, de 20 à 80 ans et plus,  s'exprimant sous de très nombreux aspects cliniques, elle conserve cependant l'image classique et immuable de la « maladie des petits vieux confus qui tremblent ».

 

Le grand public comme la plus grande partie des professionnels médicaux et para-médicaux non avertis ignorent ce qui la caractérise vraiment.

Ainsi,

·        la multitude de ses signes cliniques et de ses troubles fonctionnels, qui se regroupent en huit catégories [ symptômes moteurs, végétatifs (ou dysautonomiques), sensitivosensoriels, troubles de l’équilibre, cognitivocomportementaux, anomalies du sommeil et de l’éveil, troubles de l’humeur, dépressifs et liés au stress chronique]

·        les conséquences psychologiques et les handicaps physiques qui en résultent,

·        l’absence de troubles cognitifs notables avant le très grand âge

·        la variabilité des symptômes au cours de la journée

·        la fatigue généralement exagérée ou inexpliquée

·        la difficulté d’obtention d’un équilibre des résultats du traitement médicamenteux, 

·        les aléas des thérapeutiques quotidiennes,

·        les aléas de la neurostimulation,

·        le vécu difficile de la maladie, la honte souvent associée et génératrice de repli sur soi-même

·        et, enfin, l’isolement familial et la marginalisation sociale,

 

sont les principaux problèmes à affronter par les personnes atteintes et, à travers eux, par leur accompagnant et leur entourage, s’ils en bénéficient d’un.

 

Cette maladie, sans nul doute beaucoup plus que d’autres, pose de très nombreux et importants problèmes à tous ceux qui en sont atteints ou accompagnent la vie d’une personne malade et lui apportent leur aide.

 

Ainsi,

 

1/ Sur le plan du respect du aux personnes, de la dignité, de l’éthique, et du droit de participation ou de représentation :

 

-        L’image de marque de cette maladie est particulièrement négative par méconnaissance de ses réalités et conduit au rejet par la société d'une personne dont l’aspect physique fait, à grand tort, douter de ses facultés intellectuelles et comportementales. Les personnes atteintes, plus particulièrement encore quand elles sont en période d’exercice professionnel, vivent de ce fait cette maladie comme globalement honteuse, dévalorisante et, pour certains, la dissimulent le plus longtemps possible.

 

-  Dans la régulation de leur thérapeutique et de ses effets, il est bien rare que l’avis des personnes atteintes soit demandé, écouté ou respecté. Il est très fréquent par contre, même après plus de dix ans de maladie, que les personnes n’aient jamais été informées des conditions de prise médicamenteuse ou des possibilités de traitement de leurs troubles non moteurs.

 

 -       Aucune structure ni aucun programme d’étude à l’écoute des témoignages de personnes atteintes et de leurs accompagnants n’a jamais été conçue, l’idée en est même régulièrement rejetée.

 

-        Aucun programme d’éducation à la maladie et à sa thérapeutique, respectueuse de la nécessité d'apprentissage des connaissances  par la personne et par son entourage , n’est actuellement en place, bien que source démontrée d’amélioration de la qualité de vie et d’économie de dépenses de santé .

 

-    Les aleas thérapeutiques sont imposés aux personnes comme un fait imparable et à accepter comme tel, alors qu’ils relèvent d’un nécessaire débat d’éthique médicale (effets secondaires des médications dopaminergiques, effets secondaires de la neurostimulation).

 

-        Les personnes atteintes de MP ne sont actuellement présentes, invitées ou, à défaut, représentées dans aucune structure de santé les concernant directement (organismes de santé, structures hospitalières, recherche institutionnalisée).

 

-       Les associations de malades ne représentent que 7% environ des personnes atteintes et ne peuvent donc prétendre ou suffire à compenser les manques sur le plan de l’aide et de l’information aux personnes.

 

-       Ces organismes n’ont aucune participation notable sur l’organisation nationale d’une prise en charge adéquate (absence des commissions du plan santé 2004-2008).

 

-       Au terme du  Décret n° 2005-300 du 31 mars 2005 relatif à l'agrément des associations représentant les usagers dans les instances hospitalières ou de santé publique, paru au J.O du 7 Avril 2005, il apparaît qu’aucune association actuellement officielle et reconnue d’utilité publique  ne pourrait prétendre représenter ou être autorisée à représenter légalement les personnes atteintes auprès de ces instances. En effet, des médecins sont présents dans leur organisation et des aides financières venant des laboratoires pharmaceutiques leur sont allouées.

 

 

2/ Sur le plan social :

 

-        Seuls les médecins sont confrontés à la prise en charge de cette maladie chronique dont de nombreux aspects ne relèvent en rien de la médecine

 

-        Aucune organisation sociale particulière n’est adaptée aux lourds problèmes quotidiens

 

-        Aucune aide ni aucun suivi social, à fortiori spécialisé, n’est  possible à domicile alors que la mobilité est souvent réduite

 

-        Aucune structure d’accueil spécialisée (hors service hospitalier) n’existe en France (maison de vie, maison de jour)

 

-        Aucune possibilité de réponse aux nombreux problèmes quotidiens n’existe (pas de numéro vert en particulier)

 

-        Les déclarations médicales nécessaires à l’obtention des avantages sociaux du statut d’ALD auprès des caisses d’assurance maladie et de personne handicapée auprès de la COTOREP sont souvent tardives quand elles ne sont pas refusées, trop fréquemment et à tort, par le médecin qui assure le suivi. Il ne s’agit pas là de demande d’un privilège mais d’un simple respect des lois sociales.

 

-        L’évaluation du handicap par les organismes COTOREP et, de ce fait, les aides sociales qui en découlent, témoignent d’une disparité déconcertante sur le territoire, liée au niveau aléatoire de connaissance spécifique de la maladie par les médecins-conseil de ces organismes. Des cas particulièrement injustes sont régulièrement relevés, la variabilité des symptômes en cours de journée n’étant pas connue et donc pas comprise ou admise.

 

-        Le reclassement dans l’entreprise avec le changement et l’aménagement du poste de travail est soumis à la connaissance qu’ont de la maladie les médecins du travail. De leur propre aveu, cette connaissance est tout à fait insuffisante.

 

3/ Sur le plan médical :

 

·        Du fait de la complexité de la prescription des thérapeutiques utilisées pour le soulagement des symptômes moteurs, seuls les neurologues spécialistes de la maladie de Parkinson peuvent offrir une prise en charge médicale adaptée à chaque patient.

    

Mais,

 

-       Le nombre de neurologues en France ne répond pas à la demande de l’ensemble des pathologies neurologiques et en particulier neurodégénératives. Leur répartition sur le territoire est disparate, quasi exclusivement citadin et les délais moyens d’obtention d’un rendez-vous sont de trois à six mois, souvent sans possibilité d’avis téléphonique ou écrit.

 

-       80% des personnes atteintes sont suivies par un médecin généraliste alors que celui-ci est insuffisamment formé pour cette pathologie très particulière et ne peut avoir la connaissance des réglages si complexes de la thérapeutique, et ce d’autant que, statistiquement, on décompte seulement deux malades de Parkinson par clientèle de consultation d’un médecin généraliste.

 

-        Aucun avis spécialisé ne peut être obtenu à domicile alors que la mobilité est parfois très réduite et le déplacement souvent très difficile et éprouvant, en particulier chez les personnes âgées.

 

-   Aucune structure spécialisée de réponse urgente ou rapide aux problèmes spécifiques de la maladie n’est organisée (adaptation thérapeutique en particulier, problèmes liés à la neurostimulation)

 

-       La formation du personnel de santé non spécialiste, tant médical que paramédical, est notoirement très insuffisant.

           Les personnels d’établissements hospitaliers, de maisons de repos, de rééducation et de retraite (médicalisées) n’ont aucune connaissance des troubles autres que moteurs et de la variabilité symptomatique, des règles de base du traitement et des impératifs horaires des prises : Tous les personnes atteintes et leurs accompagnants redoutent les hospitalisations non prévues et préparées sur ce plan.

 

·       La MP relève impérativement d’une consultation multidisciplinaire ; celle-ci , hormis quelques cas très sporadiques, n’est organisée nulle part, et ce, au détriment des personnes atteintes qui au lieu d’être le centre des préoccupations, sont placés en orbite du système sanitaire.

 

·        La MP relève, au cours de son évolution et dans au moins la moitié des cas, d’une prise en charge psychologique, ce qui ne correspond en rien à l’offre actuelle.

 

·       Les techniques de réhabilitation, rééducation et entretien des fonctions motrices (kinésithérapie), vocales (orthophonie), visuelles (orthopsie) sont insuffisantes en qualité et en quantité, l’image de la maladie auprès des professionnels ayant là aussi un fort impact négatif.

 

·       Les techniques d’entrainement cognitivocomportemental sont inexistantes en France.

 

4/ Sur le plan de la mise en place et de la surveillance des thérapeutiques actuelles :

 

·       Les hospitalisations de surveillance d’adaptation thérapeutique ont un coût exhorbitant et sont imposées avant tout par la surcharge de travail des spécialistes médicaux et l’absence de possibilité de suivi à domicile plus que par la nécessité d’un plateau technique pour une surveillance médicale appropriée.

 

 

·       L’introduction relativement récente des techniques de neurostimulation appelle de longs commentaires, sur les plans médical, éthique, économique et  financier :

­         déresponsabilisation des thérapeutes médicaux du fait du recours possible ultérieur à une neurostimulation ;

­         mise sur liste d’attente des malades à opérer ;

­         nette disparité selon les régions et les centres considérés, tant au niveau des possibilités que de la qualité du suivi ;

­         aléas thérapeutiques irrégulièrement pris en charge.

 

 

·        Seule l’AFSSAPS est qualifiée pour les autorisations de mise sur le  

marché des médicaments mais, malheureusement, elle ne dispose pas de possibilité de vérification par essai thérapeutique des spécialités qui lui sont présentées et ne peut se référer qu’aux études fournies ou financées par les firmes pharmaceutiques elles-mêmes demandeuses de l'autorisation. Ceci n’est bien sûr pas spécifique à la MP mais, par contre, contribue à l’absence de réflexion profonde sur les aléas thérapeutiques d’ordre médicamenteux particuliers à cette maladie.

 

 

 

5/ Sur le plan de la recherche médicoscientifique :

 

Les perspectives financières de la prise en charge des maladies neurodégénératives en général et de la MP en particulier, dans les dix à quinze années à venir, sont si inquiétantes qu’il paraît impératif d’investir au plus vite temps, argent, énergie et intelligence humaine dans un plan de recherche concerté, coordonné, réglementé, et suivi par la publication officielle des résultats obtenus et de l’utilisation des budgets alloués. 

 

De façon non spécifique à la MP aussi, il est à déplorer l’absence de plan directeur concerté et organisé dans la Recherche.

 

Le niveau de nombreuses équipes de recherche fondamentale en France est remarquablement élevé mais, comme dans le monde entier, le cloisonnement entre spécialistes scientifiques et médicaux porte préjudice aux patients comme aux résultats et à l’image de marque de la recherche elle-même.

 

Sur le plan de la recherche médicale appliquée aux malades (recherche clinique, essais thérapeutiques), les résultats sont entachés de deux problèmes fondamentaux :

·       le manque de personnel médical spécialisé et la surcharge constante de travail de ceux en poste

·       le financement des essais thérapeutiques au sein de l’hôpital public par les firmes pharmaceutiques, bien évidemment très intéressées par la valorisation de leurs propres produits et par tout ce qui renforce leur politique de concurrence commerciale.

 

 

 

 

Un tel constat à propos de l’environnement d’une maladie aussi handicapante que la maladie de Parkinson ne peut que désirer améliorer la situation au plus vite.

La disproportion entre la lutte contre l’altération souvent majeure des conditions d’existence d’une personne atteinte et de sa famille et celles entreprises, de façon justifiée, pour des pathologies beaucoup plus transitoires et sans conséquence sociale du même type est flagrante.

 

De même qu’en Automne 2004 un train de mesures a été annoncé par le Gouvernement français pour la maladie d’Alzheimer et les démences associées, une même procédure se doit d’être proposée et appliquée pour la maladie de Parkinson.

 

 

                                                        Anne FROBERT-CHARLEUX.

                                                              Lyon, Septembre 2005

 

 

 

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