IMPACT DE LA MALADIE DE PARKINSON PARENTALE

 

SUR LES ENFANTS ADOLESCENTS ET ADULTES

 

 

 

 

L’OMS recommande que la prise en charge de toute maladie chronique comprenne celle du bien-être de la famille proche de la personne atteinte, en particulier de ses enfants.

 

Malgré cette louable pensée, très peu de travaux s’intéressent à l’impact de la MP (maladie de Parkinson) sur les enfants de personnes atteintes et il n’existe aucun plan, en France du moins, contrairement aux pays anglo-saxons, pour une telle assistance.

 

Pourtant pour les PcP (personnes atteintes de Parkinson) parents, a fortiori, encore en charge d’éducation parentale, le problème de leurs enfants par rapport à leur propre MP est un souci permanent, surcroît d’anxiété et d’interrogation pour l’avenir.

 

 

Le mérite du travail fait à Londres et rapporté ci-dessous est déjà celui d’exister mais aussi d’avoir choisi des enfants de tout âge (12 à 48 ans). Il est enfin à remarquer que si les questions posées ont non seulement répertorié un large éventail de comportements et de conséquences, elles ont aussi bien su distinguer, en réunissant au besoin la famille pour une discussion commune, ce qui était perçu, ressenti de ce qui était vécu.

 

La lecture des différents items du questionnaire constitue bien sûr un douloureux parcours de ce que la MP a changé dans nos vies personnelles, parentales et familiales, ainsi qu’une interrogation sur ce que sera demain, pour nos enfants et pour nous.

 

 

Une question n’a pas été posée, sans doute parce qu’informulable, ou trop troublante psychologiquement, plus que parce qu’allant « de soi » : Celle de l’impact de la situation sur les sentiments de l’enfant pour le parent PcP.

 

Cette question, parce que de nombreux PcP, parents d’enfants encore sous leur responsabilité, ou du moins sous leur toit, se la posent souvent, se sous-estimant, se percevant uniquement comme une charge pour les leurs, « innocents de maladie ».

De même qu’il est fondamental de se percevoir comme une personne humaine avant que d’être un « malade », il est primordial de se sentir et d’être un parent aimant avant que d’être « un papa ou une maman PcP ».

 

Pour avoir recueilli de nombreux témoignages d’enfants de parents atteints de maladies chroniques, MP ou bien autres, il apparaît évident que si la maladie est un problème et éventuellement un surcroît de charge, l’amour, le respect et l’admiration portés à ces parents existent de la part de leurs enfants indépendamment du problème de la MP.

 

A neuf ans, ma fille, déjà « enfant de PcP » écrivait sur la messagerie Parkliste ( messagerie d’entraide MP sur Internet):

« Une Maman, on l’aime toujours. La mienne, elle aurait un seul œil au milieu de la figure, je l’aimerais quand même ».

 

L’existence et l’intensité des sentiments sont indépendantes de la maladie mais l’attachement et l’expression de ce qui est ressenti sont par contre en grande partie liés à ce que et comment chacun donne de lui-même, en général et dans la relation en particulier.

 

Cette intensité est toujours optimisée lorsque l’enfant, quel que soit son âge, voit son parent capable de donner de lui-même à autrui plutôt que de se replier sur son ego et ses problèmes personnels : il est plus valorisant et plus encourageant pour tout enfant de voir son parent recevoir des témoignages d’appréciation par autrui « malgré la maladie » que de le percevoir comme une personne se satisfaisant avant tout d’elle-même, de son confort ou de sa réussite personnelle.

L’enfant a besoin de cette vision altruiste de sa mère ou de son père, cela le rassure dans son égocentrisme et dans son égoïsme vis-à-vis de son parent : pour aimer librement, l’enfant doit sans cesse savoir qu’il est aimé et donc en reconnaître les signes, témoignages de ce qu’on lui donne quelque chose de sa vie, de son temps, de son énergie.

 

Ce problème est important pour ne pas dire essentiel à l’adolescence.

Il est à noter que l’adolescence se termine actuellement, selon les données psychosociologiques, vers 25 ans, ce que l’étude ci-dessous respecte d’ailleurs bien en séparant les 12-24 ans des plus de 25 ans.

Les psychologues soulignent à quel point il est majoré actuellement par le fait qu’une grande partie des parents restent eux-mêmes accrochés à leur propre adolescence par peur de vieillir, à leurs plaisirs et à leur réalisation personnelle dans une époque où l’aspect d’éternelle jeunesse, la réussite (ou l’apparence) sociale et le bien matériel sont les valeurs de référence.

Les valeurs ringardes que sont l’amour, le comportement mature et la cohésion familiale passent ainsi au deuxième plan et font défaut à la structuration de l’enfant adolescent qui ne trouve pas là les repères nécessaires à sa lente métamorphose vers sa responsabilité d’adulte.

La MP n’arrange rien lorsqu’elle se surajoute en créant un trouble d’identité de la personne atteinte avec mésestime de soi, sources supplémentaires de fragilité personnnelle et parentale.

 

 

 

 

Voici une synthèse de deux articles, publiés par une équipe de Londres (U.K) du Royal Free & University College Medical School  et de l’ Institute of Neurology, University College London :

 

 

Impact of Parkinson's disease on patients' adolescent and adult children

Anette Schrag, David Morley, Niall Quinn and Marjan Jahanshahi

Parkinsonism & Related Disorders
Volume 10, Issue 7 , October 2004, Pages 391-397

 

Development of a measure of the impact of chronic parental illness on adolescent and adult children :

The Parental Illness Impact Scale (Parkinson's disease)

Anette Schrag, David Morley, Niall Quinn and Marjan Jahanshahi

Parkinsonism & Related Disorders
Volume 10, Issue 7, October 2004, Pages 399-405

 

 

 

Le questionnaire détaillé plus loin a été structuré à l’aide des interviews de 13 enfants et de 16 adultes appartenant à 8 familles comptant un parent PcP, interviews réalisés par le National Children's Bureau for the United Kingdom Parkinson's Disease Society (PDS).

 

L’étude, quant à elle, a été approuvée par le Joint Research Ethics Committee of the NHNN and the Institute of Neurology.

 

 

 

Cette étude a porté sur 89 participants âgés de 12 à 48 ans, tous enfants d’un parent PcP.

 

Elle révèle que :

®      plus de 50% de ces enfants de PcP ont le sentiment de mal connaître la MP

®      50% des participants pensent que plus d’information réduirait leurs sentiments d’incertitude et d’insécurité 

®      un état dépressif léger à modéré du fait de la MP parentale et de ses conséquences est noté chez

·         plus de 17% des enfants de PcP entre 12 et 24 ans

·         plus de 21% des enfants de PcP de plus de 25 ans

®      aucune dépression majeure n’est notée

 

 

Le questionnaire a étudié les points suivants :

 

®     Développement social, indépendance et responsabilité :

Temps passé avec les amis, relations amicales, activités sociales, développement personnel, critères d’indépendance, responsabilités en charge, perturbations de la vie familiale, modifications des relations parentales, dépendance parentale, future indépendance, limitation de l’aide parentale, résultats scolaires ou professionnels, sensation de responsabilité accrue

 

®     Poids de l’aide journalière :

Assistance domestique, niveau réel de l’assistance donnée, niveau perçu de l’assistance donnée, impression de surcroît de charge domestique due à la MP parentale, discussion familiale à propos de l’assistance domestique, négociation à propos de l’assistance fournie, impression d’aider plus que les frères ou sœurs

 

®     Communication et compréhension :

Impression de moins de proximité parentale du fait de problèmes de communication, problème pour communiquer avec le parent atteint,  modifications récente du comportement du parent atteint, compréhension avec le parent atteint, plus grandes difficultés de compréhension de ce que ressent le parent atteint que le parent BP, difficultés à passer du temps ensemble, malaise par rapport à la maladie du parent atteint, fréquentes difficultés relationnelles avec le parent atteint, problèmes avec le parent atteint liés avant tout à la MP

 

®      Impact sur le futur personnel :

Incertitude quant au futur, anxiété croissante en grandissant, sensation de futur perturbé en partie car dépendant de la MP parentale

 

®      Impact sur le fonctionnement familial :

Impact de la MP sur l’autre parent, impact de la MP sur le parent atteint, difficultés de vie quotidienne au domicile familial

 

®     Réactions de l’entourage amical :

Difficultés pour parler de la MP aux amis, difficultés pour expliquer ce qu’est la MP aux amis, problèmes pour affronter la peur des amis vis-à-vis de la MP

 

 

 

Les résultats de l’étude sont les suivants :

 

 

Qu’ils soient adolescents ou adultes, les enfants de PcP subissent les conséquences de la MP de leur parent atteint, autant sur le plan psychosocial que sur leur qualité de vie. Cet impact augmente au prorata de l’évolution de la maladie parentale.

 

 

Les jeunes enfants et les adolescents peuvent ne pas être vraiment conscients du stress émotionnel, de l’impact financier et du changement des rôles dans la famille mais la MP parentale a un impact sur leur futur, sur leur développement personnel et sur leurs résultats scolaires.

 

Ces enfants se disent ainsi surtout privés d’une certaine part de l’aide quotidienne qu’ils auraient aimé recevoir et signalent les conséquences négatives sur leurs activités amicales et sociales.

 

Pour les plus jeunes, la réaction de leurs amis semble être un problème plus important à affronter que par les plus âgés, par manque de facilité pour expliquer la maladie de leur parent qui les embarrasse.

 

Ces enfants jeunes ainsi que les adolescents regrettent pour la plupart d’avoir peu ou pas assez de possibilité de parler à qui que ce soit de la MP parentale hors de leur famille, quand ils le peuvent encore au sein de la cellule familiale.

 

 

Les enfants adultes qui ont quitté le domicile parental voient leur vie personnelle, familiale, leurs activités de loisir perturbées et ressentent une inquiétude permanente quant à l’autonomie future de leur parent atteint.

Ils assument souvent, plus la maladie progresse, une partie de la prise en charge et  souffrent avant tout des perturbations générées dans le fonctionnement de la cellule familiale.

 

 

 

 

Anne Frobert, 17 Janvier 2005

 

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