Chroniques de voyages :

De DMNX et Coeruleus

 en Niger et même au-delà…



 

Introduction :


Il fallait bien toute mon inculture générale et de la neurologie et de la psychiatrie en particulier, pour franchir allègrement et sans le moindre complexe, le pas que d'autres, chargés d'une histoire que je ne connaissais pas, ont été rendus incapables de sauter.
Si le coeur vous en dit*  c'est en lisant l'histoire de ces deux spécialités médicales, de leurs unions et de leurs déchirures, qu'on peut comprendre comment James Parkinson en 1817 puis Jean-Martin Charcot, cinquante ans plus tard, imposèrent leur définition strictement motrice de la M.P, faisant délibérément fi des autres signes qu'ils avaient pourtant bel et bien observés.

 

Qu'on se rassure, pas de critique particulière à l’égard de la neurologie et de ses spécialistes dans les lignes qui suivront, je le dis et l'affirme tout de go, personne n’aurait bien évidemment fait différemment, en tout cas pas moi, je le certifie:

En Médecine comme certainement dans d’autres corporations où l’apprentissage pratique du métier se fait par compagnonnage, on ne discute ni un dogme, ni un Maître, ces « patrons » qu’on appela longtemps des « mandarins ».


Et puis, croyez-vous vraiment que lorsqu'on a en charge des consultations, des visites dans les services , et les explications aux patients et famille, des élèves à enseigner,  tout cela entrecoupé par des urgences, des préparations de cours, de congrès, d'articles à publier, d'expertises à faire en plus de ses dossiers quotidiens, la lecture des résultats d’imagerie et de biologie,le courrier à dicter et celui à signer, les coups de téléphone des et aux confrères,et  des problèmes administratifs encore à assumer, et cela toute la journée et tous les jours, on possède encore l’énergie et  le temps de se poser à la manière du fameux penseur de Rodin et de se dire :

"Voyons, voyons...Et si je remettais tout cela en question?"

Et bien non ! Alors personne ne me fera donc jamais dire ou penser, comme
certains aimeraient tant le faire croire,  que les neurologues, nos médecins et mes confrères, seraient des « ânes » : Que nenni****** !!!!...

 

Nous sommes tous auteurs, acteurs et spectateurs, juges, coupables et victimes de nos systèmes humains et courants de pensées, modes et philosophies, hypothèses et vérités….

 

Qu'on le veuille ou non….tous responsables d’être humains et donc imparfaits…sauf les imbéciles, eux coupables de leur stupide méchanceté.

 

….Puisqu’ils se sont déjà reconnus……… Commençons l’histoire………

 

 

 

CHAPITRE I :

 

Le César de la Salpêtrière

 

 

 

« De la  Shaking Palsy au Locus Niger » : Grâce et à cause des anatomopathologistes…

 

Quand en 1817, l'anglais J. Parkinson** décrivit la "paralysis agitans" (shaking palsy), il s'appliqua à décrire un syndrome (= ensemble de symptômes) moteur, fait de "tremblements involontaires au repos (= agitans), de force musculaire diminuée (= paralysis), avec une tendance à pencher le tronc en avant et à passer de la marche au pas de course (la festination) : les sens et l'intellect n'étant pas atteints"

( The Shaking Palsy:  Involuntary tremulous motion, with lessened muscular power, in parts not in action and even when supported with a propensity to bend the trunk forwards and to pass from a walking to a running pace: the senses and intellects being uninjured..)  

 

Bien que James Parkinson ait tout à fait remarqué que quelques uns de ses patients présentaient une "mélancolie profonde" (= une dépression grave) et des troubles non moteurs en particulier psychiques et végétatifs, il affirma que ces troubles étaient distincts du syndrome moteur: ce en quoi il n'eût pas tout à fait tort, ils n'apparaissent pas au même moment de l'évolution de notre maladie et ne sont pas dus à l'atteinte de la même région du cerveau; cela dit, il ne le savait pas...puisque pour lui, l'atteinte était médullaire haute , s'étendant ensuite au bulbe rachidien.

("A diseased state of the medulla spinalis, in that part which is contained in the canal, formed by the superior cervical vertebrae, and extending, as the disease proceeds, to the medulla oblongata . . .is the proximate cause.")


J.M Charcot en ajoutant la raideur à la description de ce syndrome le désigna en 1877 comme  "la maladie de Parkinson".

Pourquoi lui aussi exclut-il les autres symptômes, en particulier  psychologiques, alors qu’il étudiait en même temps hystérie et hypnose ?

L'histoire*** nous rappelle que CHARCOT était essentiellement anatomopathologiste et neurologue, il n'était pas psychiatre: Ainsi, en tant que neurologue, il s'occupait de la physiologie de l'hypnotisé, de ses mouvements, de ses réflexes et, selon les témoignages et critiques portés plus tardivement à son encontre,  « il passait complètement à côté des phénomènes psychologiques ».

Les cours de J-M Charcot à la Salpêtrière étaient cependant fameux: Quelques-uns des élèves du maître ont laissé leurs noms gravés dans l'histoire de la neurologie (Bourneville, Gilles de la Tourette, Pierre Marie, Babinski).

Freud vint aussi quelques mois , fin 1885, et ce qu'il rapporta a valeur de témoignage, même s’il ne l’a pas écrit à propos de la MP : " On pouvait aisément voir qu'au fond Charcot n'avait aucune prédilection pour une étude psychologique approfondie de la névrose. Il était venu de l'anatomie pathologique."

 

Ce sont bien des anatomopathologistes qui définirent ensuite ce que l’on sait de la MP : 

En 1894, Pierre-Marie Brissaud****, élève de Charcot devenu Professeur d'anatomopathologie lui-même, évoqua la possibilité que le substratum anatomique de la MP soit le Locus Niger.

 

C.Tretiakoff *****fut le premier à décrire, en 1919,  les lésions de la substance noire, notant la diminution de nombre des cellules pigmentées du Locus Niger et retrouvant les inclusions concentriques particulières dans le cytoplasme (= dans le corps de la cellule, pas dans son noyau) que Friederich Lewy avait découverte en 1912 alors qu’il travaillait dans le laboratoire d’Aloïs Alzheimer..

 

C'est ainsi que les descriptions de Parkinson et Charcot s’imposèrent de facto à des générations entières de neurologues jusqu'à ce jour, avec cette "vision uniciste" du problème posé par notre maladie: Troubles moteurs/L.Niger.

….Mais J.M Charcot faisait si peur qu’on ne le contestait pas, « craignant les réactions violentes du Maître, que l'on appelait le César de la Salpêtrière." a écrit Sigmund Freud…



 

 

 

 

*  Neurologie/Psychiatrie : http://www.eg-psychiatrie.com/article.php3?id_article=226   et   http://perso.wanadoo.fr/marxiens/psy/corps.htm

** J. Parkinson:  http://www.mayo.edu/fpd/pd-info/pd-history.htm

*** J.M Charcot : http://www.ch-charcot56.fr/histoire/biograph/charcot.htm

****: P.M Brissaud  http://webperso.easyconnect.fr/baillement/lettres/brissaud.html

***** Lewy http://jnnp.bmjjournals.com/cgi/content/full/71/2/214

******  On dit même « chez nous », en médecine :

« Si tu es intelligent, tu seras médecin, si tu es habile, tu seras chirurgien, mais si tu n’es ni l’un ni l’autre, tu seras obstétricien »

 

 

 

 

   RETOUR BLOG PARKEMEDIA

 

 

                                                                                                                                                                                            Anne FROBERT, 29/04/2005