EFFETS SECONDAIRES COMPULSIFS
DES MEDICATIONS DOPAMINERGIQUES
Des articles parus dans les medias outre-Atlantique suivis de la révélation par
des patients des situations parfois dramatiques qu’ils vivent font état d´un
lien entre certains médicaments utilisés dans la maladie de Parkinson (MP) et
des troubles compulsifs de type addiction aux jeux d’argents, achats excessifs
et hypersexualité.
Effectivement,
ces problèmes, même si peu fréquents, existent,
alors parlons-en franchement et clairement.
Les neurotransmetteurs et les récepteurs
·
Un neurotransmetteur est un messager chimique qui transmet l’influx
nerveux (électrique) d’un neurone à un autre neurone.
Son mode d’action est comparable à celui d’une clef qui
tourne dans une serrure pour déclencher un mécanisme qui lui est particulier.
·
·
Les récepteurs (les serrures) sont
spécifiques à chaque neurotransmetteur (clef).
·
La Dopamine agit sur 5
récepteurs (D1, D2, D3, D4 et D5) dont les effets diffèrent les uns des autres :
®
D1 : activité
motrice et mémoire de travail
®
D2 : motricité
®
D3 : régulation de la motivation
®
le rôle des D4 et D5
est encore mal connu.
·
On la trouve à divers
endroits du cerveau où elle permet par son action :
®
de déclencher et de
coordonner les mouvements moteurs (Locus Niger)
® de favoriser les fonctions vitales dans le
« système de récompense » (système limbique ou « cerveau des
émotions »)
® d’intégrer les informations venant des
organes des sens et du système limbique pour planifier et organiser les
mouvements, en prévoyant leurs conséquences (cortex préfrontal)
·
Le
système de récompense est celui du
plaisir cérébral des comportements liés à la nutrition et à la reproduction de
l'espèce.
Il participe ainsi à la satisfaction de
vivre.
·
Les
substances psycho-actives (alcool,
tabac, drogues) sollicitent anormalement les récepteurs de la dopamine (en particulier
le D3) et donc ce circuit naturel, engendrant à terme la possibilité de son déséquilibre permanent.
·
Dans
Les taux de dopamine diminuent ainsi lentement au cours des
années à ce niveau.
·
Les symptômes moteurs
de
Les traitements médicamenteux de
·
Le traitement
médicamenteux est le seul moyen, dans
·
L’action de ces médicaments se fait
®
soit par apport de
L-Dopa, transformée en Dopamine active dans le cerveau
®
soit en utilisant des
molécules qui miment l’action de
·
Les agonistes dopaminergiques sont les
« clefs qui tournent dans les serrures » que sont les récepteurs
de
®
Les ergopeptines : Bromocriptine (Parlodel*), Lisuride (Dopergine*), Pergolide (Celance*).
®
Les non-ergopeptines : Piribebil (Trivastal*), Apomorphine
(Apokinon*) , Ropinirole (Requip*) , Pramipexole
(Sifrol*)
·
Chaque médicament
agoniste a une action plus ou moins marquée sur chacun des types de récepteurs
de
Troubles compulsifs secondaires à la prise de médications
dopaminergiques
·
Ces troubles s’accompagnent
de modifications psychocomportementales et
d’une souffrance psychologique très
intense, avec :
1.
Au moment des accès
compulsifs :
-
impression de lucidité
normale
-
perte du sens auto-critique
-
perte des repères
comportementaux et éducationnels habituels
-
indifférence aux
conséquences de ses actes
-
excitation, hyperactivité
2.
En dehors des accès
compulsifs :
-
perte de l’estime de
soi
-
honte et culpabilité
dévorantes par rapport aux conséquences de l’accès compulsif
-
repli sur soi même
-
dépression
-
tendance paranoïde
-
impression de dédoublement
ou de fuite de personnalité à l’auto-analyse de l’accès compulsif
-
repères comportementaux
et éducationnels habituels
1.
peu fréquents :
évalués actuellement à environ 4% des patients traités
2.
d’installation brutale :
c'est-à-dire d’apparition rapide chez quelqu’un qui n’a
aucun antécédent de conduite identique au cours de sa vie.
3.
généralement liés à une nouvelle prescription :
Le plus souvent, dans les jours ou semaines qui suivent la
prise d’un nouveau type de médicament ou lors de l’augmentation de dose d’un
médicament pris jusqu’à présent sans problème particulier
4.
imprévisibles :
Plus fréquents avant cinquante ans et sous agonistes purs,
ces troubles peuvent cependant survenir à tout âge et chez toute personne
atteinte de MP et sous dopaminergiques.
5.
inévitables :
Aucune prévention efficace n’est possible.
6.
réversibles :
La modification du traitement (diminution des doses ou
changement de type de médicament) fait disparaître les symptômes en quelques
jours.
Apparemment, certaines molécules ont une action plus
prononcée sur les récepteurs D3 mais le faible nombre de cas enregistrés ne
permet pas de dire de façon certaine si cette affinité est le facteur
prépondérant.
Le déclenchement de ces troubles n’est pas lié à une dose
excessive de médications et ils surviennent même lorsque la prise
médicamenteuse est peu dosée.
Par contre, ils s’aggravent avec des augmentations de dose
du médicament responsable.
La variation des taux de médications au niveau des récepteurs
dopaminergiques peut réaliser une stimulation intermittente dite pulsatile, au
lieu d’être plus constante.
Ce facteur semble jouer un rôle non négligeable dans le
déclenchement des troubles compulsifs secondaires.
De ce fait, la prescription doit être bien répartie sur la
journée et la régularité des prises horairement
respectée.
Seule la connaissance préalable de ces risques permet de les
identifier dès leur apparition.
Des campagnes d’information comme celle-ci doivent être
menées régulièrement et les problèmes abordés et expliqués dans les programmes
d’éducation thérapeutique, les réunions associatives, les publications des
associations nationales et locales.
Informez votre médecin généraliste qui n’aura peut-être pas
reçu les documents spécialisés et plus destinés aux neurologues.
2. Parlez-en sans culpabilité ni
tabou. C’est le silence qui peut être dangereux.
Si vous cachez votre problème à votre entourage, à votre
médecin, comment peuvent-ils agir en conséquence ?
Prenez conscience
de votre problème, de ce qui a changé en
vous et des répercussions que votre état provoque.
Vous n’êtes pas
responsable de votre sensibilité
particulière au médicament en cause ni de ses effets secondaires.
Par contre, si vous laissez la situation se dégrader, les
conséquences seront encore plus graves à tout niveau.
Alors n’attendez
pas la catastrophe et le risque d’éventuel éclatement familial ou de poursuite
judiciaire.
Présentez la situation de façon franche à votre médecin
généraliste ou à votre neurologue.
Expliquez-vous
clairement et sans honte.
Demandez à être reçu au plus vite car il s’agit souvent d’une urgence absolue,
N’acceptez pas un refus de vous recevoir ou de vous
conseiller.
Vous êtes potentiellement en péril et éventuellement un
danger pour autrui.
Vous nécessitez
une assistance.
3. Prise en charge médicale
Le traitement consiste a arrêter/diminuer le médicament jugé
responsable.
Le changement de prescription sera suivi de près,
éventuellement en séjour hospitalier.
Les troubles disparaissent habituellement en quelques jours.
Selon les circonstances, une psychothérapie complémentaire
peut s’avérer nécessaire, pour la personne atteinte et éventuellement pour son
entourage immédiat.
La surveillance ultérieure tiendra toujours compte de cet
antécédent, les récidives peuvent survenir, dans des conditions similaires, et
même des années après.
(Article L. 1142-22 du code de la santé publique créé par la
loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système
de santé).
Cas particulier : le syndrome de dysrégulation de la dopamine
Cet état est plus grave que
le cas commun décrit précédemment.
Il s’agit d’un tableau
d’addiction aux médicaments dopaminergiques avec automédication abusive à
l’origine d’un surdosage responsable
de troubles moteurs (dyskinésies) et comportementaux.
Sa fréquence est comprise
entre 3 et 5% des personnes atteintes.
On retrouve très
souvent :
®
une prédominance très
nette chez l’homme jeune
®
des antécédents de troubles
de l’humeur ou d’alcoolisme.
®
des prises d’agonistes
très fréquentes et à fortes doses (<2g/j L-Dopa+++)
®
une automédication,
surtout avec des formes d’action rapide comme la lévodopa dispersible ou
l’apomorphine injectable
®
Dyskinésies majeures et
bien tolérées, fluctuations non motrices psychiatriques
®
.État hypomaniaque
®
Idées paranoïaques
®
Comportements moteurs
stéréotypés, déambulation
®
Jeux d’argent
®
Modifications de la
libido, recours à la pornographie, consultation de sites X Internet ++
®
Compulsions de sucres,
perte de poids récente
®
Problèmes conjugaux,
problèmes relationnels,
®
Conflits avec violence
verbale ou physique, difficultés professionnelles, conflits avec la hiérarchie.
La prise en charge se fait
en milieu spécialisé avec diminution progressive des doses et sevrage des
médications d’action rapide
Traitement approprié de
l’état dépressif et de l’état paranoïaque éventuel (médicamenteux et
psychothérapique).
Le risque suicidaire n’est
pas à négliger et l’hospitalisation est souvent indispensable.
Surveillance rapprochée dans
les suites.
La neurostimulation reste très
discutée dans cette indication.
Anne
Frobert, 12/03/2006