LE SYSTEME NERVEUX ENTERIQUE

                                            ou

  LE DEUXIEME CERVEAU

 

 

 

 

La digestion des aliments n’est pas la seule fonction de l’intestin.

Il contient plus de 100 millions de neurones, sécrète au moins 20 neurotransmetteurs identiques à ceux que l’on trouve dans le cerveau, produit 70 à 85% des cellules immunitaires de l’organisme et héberge 100 000 milliards de bactéries.

 

Les travaux du Pr Michael D. Gershon, titulaire de la chaire d’anatomie et de biologie cellulaire de l’Université de Columbia et membre du College of Physicians and Surgeons,  présentent l’intestin comme un véritable « second cerveau », titre de son livre paru en 1998 (« The second brain », c/o Harper Collins, New York).

 

Lire une interview ICI  (en anglais) et son excellent site ICI (en anglais)

 

 

ORGANISATION ANATOMIQUE et CELLULAIRE:

 

Le cerveau abdominal ou Système Nerveux Entérique (SNE), est composé de neurones sensoriels (mécano-, thermo-, chémorécepteurs), d’interneurones, et de neurones sécréto-moteurs.

 

L’étude de ces neurones a donné naissance à une nouvelle science, la neuro-gastro-entérologie.

Les deux plexus du SNE sont formés de ganglions ( amas de corps neuronaux) reliés par des fibres nerveuses réalisant un cerveau en réseaux.

·         Le plexus myentérique, entre les deux couches musculaires de l'intestin, commande les contractions.

·         Le plexus submuqueux , surtout présent dans le grêle, entre les muscles et la muqueuse, contrôle les sécrétions.

Ils sont reliés à l'encéphale par le nerf vague et assurent une fonction sensorielle.

NEUROTRANSMISSION

Michael Gershon affirme que le neurotransmetteur principal de ce système est la sérotonine.

Mais cette molécule est loin d'être le seul neuromessager produit est utilisé par l'appareil digestif : Des travaux récents de John Furgess et Marcello Costa ( en Australie) ont permis d'en identifier une vingtaine: les mêmes que ceux du cerveau.

Parce que les neurotransmetteurs et les neuromodulateurs du cerveau sont presque toujours également présents dans l’intestin, les médicaments définis pour agir sur les synapses du cerveau sont susceptibles d’avoir aussi des effets au niveau de l’intestin.
Au début des traitements anti-dépresseurs, près de 25% des patients ressentent des nausées ou des diarrhées. Avec des doses plus élevées ou des traitements de plus longue durée, les récepteurs de sérotonine dans l’intestin deviennent insensibles et une constipation peut se produire. Si ces effets ne sont pas anticipés et clairement expliqués aux patients, l’efficacité du traitement sera réduite.

ROLE DU SNE

Le système nerveux entérique (SNE) est considéré avec ses plus de 100 millions de neurones intégrés le long du tube digestif comme un véritable cerveau dans l’intestin : le SNE, tel un véritable cerveau, contrôle les principales fonctions digestives.

Le Système Nerveux Entérique (SNE)  commande le péristaltisme, ces contractions qui, en se propageant d'un bout à l'autre du tube digestif, y assure le transit.

Le SNE régule des fonctions intestinales aussi diverses que cette motricité digestive, la sécrétion hydroélectrolytique de la muqueuse ou la circulation sanguine, à la fois en physiologie et en physiopathologie.

Néanmoins le rôle du SNE dans le contrôle de la barrière épithéliale intestinale (BEI) est encore largement méconnu et ce, plus particulièrement chez l’homme. Le rôle de la BEI est une fonction vitale du tube digestif car il doit à la fois de permettre le passage de nutriments à travers l’intestin mais aussi empêcher le passage d’agents pathogènes ou toxiques dans le corps

Les recherches prouvent que les neurones du SNE ressentent, véhiculent des messages et communiquent avec la circulation locale, les cellules immunitaires et certains organes comme le pancréas et la vésicule biliaire.

SNE et SNC

Par sa structure et sa chimie, ce SNE est donc un cerveau à part entière en communication permanente avec l'autre, souffrant des mêmes maux et capable de lui transmettre les siens en générant des émotions.

La connexion cerveau/intestin (SNC/SNE)  à travers le nerf vague crée une relation complexe entre les deux systèmes nerveux.

Un nerf vague activé envoie un courant permanent de messages entre le cerveau et l’intestin, le nombre de messages allant du cerveau à l’intestin surpassant ceux allant de l’intestin au cerveau.

Par exemple, le système nerveux de l’intestin informe le cerveau du danger d’un aliment infecté en provoquant nausées ou douleurs abdominales. A travers le nerf vague, le système nerveux intestinal joue un rôle majeur dans la protection de l’organisme contre les menaces extérieures.

Sur 10 messages nerveux transitant entre le SNC et le SNE par le nerf vague, 9 sont émis par l'intestin. La plupart arrive au système limbique qui modère les légers dérangements pouvant occasionner une activité intestinale.

PATHOLOGIE

M. Gershon explique :

" On commence à réaliser que ceux qui cherchent comment le cerveau détraque l'intestin sont partis dans une mauvaise direction.

Ainsi, on pensait il y a quelques années qu'il existait une personnalité à colite ulcéreuse, que c'était une maladie psycho-somatique. C'est l'inverse. Avoir des trous dans le colon peut rendre anxieux et névrosé.

C'est vrai aussi pour la maladie de Crohn ou l'ulcère peptique. Votre intestin peut vous rendre dingue!.

Arrêtez la maladie et vous arrêterez la personnalité".

On sait déjà le rôle du SNE dans certaines pathologies digestives et leur lien avec « l'autre cerveau »

Ainsi le syndrome de l'intestin irritable, qui touche 20 % de la population, est associé à une augmentation de la perception des stimuli viscéraux et à une hypersensibilité de l'intestin aux distensions.

Des symptômes exacerbés par le stress qui peut aussi diminuer l'étanchéité de la muqueuse face aux agents infectieux.

Maladies neurodégénératives (PARKINSON, ALZHEIMER)

 

Le SNE est aussi vulnérable à ce qui est généralement pris pour des atteintes strictement cérébrales:

·         Des aggrégats intracellulaires ou Corps de Lewy ont été identifiés chez des personnes atteintes de la maladie de Parkinson

·         Des plaques amyloïdes et des lésions de dégénérescence neurofibrillaire ont été retrouvées chez des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ( au point qu’on imagine faire peut-être un jour son diagnostic par biopsie rectale, écrit le Pr Gershon)

 

 

EN SAVOIR PLUS : (articles tous excellents)

 

- Notre intestin serait-il intelligent ?  http://www.nutranews.org/fra/index.php?articleid=2675

 

- Développement du système nerveux entérique à partir de précurseurs dérivés de la crête neurale ,

 

par Mme Nicole LE DOUARIN, membre de l’Institut  (Académie des Sciences),

(voir  page 7 du PDF http://www.college-de-france.fr/media/ins_pro/UPL50632_le_douarin.pdf )

 

- Physiologie du colon : http://gastroresource.com/GITextbook/fr/chapter11/11-2.htm     

 

- Rôle du système nerveux entérique humain dans la régulation de la barrière épithéliale intestinale normale et en pathologie infectieuse , Michel NEUNLIST, INSERM Nantes     http://www.ifr26.nantes.inserm.fr/Francais/projet.php?unite=UMR%20539&equipe=2&projet=1  

 

   -  Système nerveux et sensoriel : cellules et tissus   http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doscel/decouv/xtxt/zvie/nervNiv2_1.htm

 

  -  Neuro-anatomie fonctionnelle : http://www.anatomie-humaine.com/neuroa/menu-neuroa.html   

 

 

 

Anne FROBERT, 13 Mai 2005

 

 

 

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