Le Clonage Thérapeutique
Le clonage thérapeutique est une technique qui vise à créer à partir
de cellules pluri- ou totipotentes des
organes ou des tissus humains à des fins thérapeutiques.
Il
existe 4 techniques connues à ce jour, toutes en
cours de recherche.
Ces 4 techniques sont :
o le clonage thérapeutique proprement dit,
o l’utilisation de cellules issues d’embryons surnuméraires,
o l’utilisation de cellules souches présentes chez l’adulte et
o l’utilisation de cellules prélevées d’un cordon ombilical.
o Les différentes applications thérapeutiques :
Chaque jour aux
Etats-Unis 3000 personnes meurent de maladies pouvant
être traitées par le clonage thérapeutique.
§ maladies du système nerveux : Ces méthodes permettraient de transplanter des neurones s’insérant dans le cerveau ou la moelle épinière ou produisant divers neurotransmetteurs faisant défaut. Cela permettrait de lutter contre la maladie d’Alzheimer, de Parkinson, la sclérose en plaques ou d’autres maladies neuro-dégénératives.
§ infarctus du myocarde : Les cellules du cœur qui sont détruites quand l’infarctus empêche le sang de circuler, pourraient être remplacées par des cellules musculaires cardiaques obtenues par ces techniques.
§
maladies des os et du cartilage : De
nouvelles cellules osseuses pourraient remplacer les os manquant suite à des
traumatismes ou des interventions chirurgicales ou pourraient soigner des
maladies telles que l’ostéoarthrite.
§ cancers et maladies immunodéficitaires : De nouvelles cellules hématopoïétiques (=à l’origine notamment des cellules du système immunitaire) pourraient pallier les déficiences liées au système immunitaire dans des maladies telles que le SIDA ou, dans le cas de traitement du cancer, pourraient permettre une utilisation plus intensive des médicaments cytotoxiques.
§ diabète : Ces techniques permettraient l’implantation dans le pancréas de cellules produisant de l’insuline.
o Comment remplacer un tissu non fonctionnel ?
o Les 4 méthodes envisagées : où en est la recherche et quels sont les freins éthiques qu’elle rencontre ?
A /
Clonage thérapeutique, utilisation d’embryon surnuméraire :
1 :
les techniques :
o Le clonage thérapeutique.
Après le prélèvement d’un ovocyte
suivi de son énucléation, on y injecte le noyau d’une cellule adulte prélevée
sur le malade. On obtient alors une cellule embryonnaire totipotente. Il s’agit
ensuite d’orienter sa différenciation vers le tissu désiré qui sera finalement
greffé sur le patient possédant le tissu non fonctionnel.
o Utilisation d’un embryon surnuméraire compatible.
On prélève les cellules d’un
embryon surnuméraire (issu d’une fécondation in vitro et qui ne fait plus
l’objet d’un projet parental). On les fait ensuite se multiplier et se
différencier vers le tissu désiré. Il faudra alors que le tissu formé soit
compatible avec le malade à soigner.
2 : Quels sont les avantages et les risques
de ces 2 méthodes ?
Tout d’abord elles présentent le
grand avantage d’éviter tout rejet de greffes puisque les tissus créés
seront compatibles avec le malade.
En revanche des questions
se posent sur le devenir de ces cellules une fois intégrées dans le
nouvel organisme : ne risquent-elles pas de devenir tumorales ? Comment
s’assurer que leur patrimoine génétique ne contient pas d’anomalies ?
Sont-elles susceptibles de perdre à long terme certaines de leurs
caractéristiques ?
De plus si la maladie à traiter
provient d’une déficience génétique il faudrait au préalable modifier
génétiquement ces cellules. Ceci accroît donc le nombre de manipulations à
opérer.
3 : Où en sont les chercheurs ?
Le clonage est encore loin d’être
maîtrisé car d’une part il implique la maîtrise de techniques très complexes,
d’autre part les manipulations nécessaires étant interdites dans la plupart des
pays, la science manque de fonds pour pouvoir effectuer d’efficaces recherches.
Les recherches en sont donc au
stade initial, cependant on sait déjà repérer les cellules
souches embryonnaires grâce à leurs caractéristiques morphologiques ainsi qu’à
leurs marqueurs. Parmi les laboratoires qui y travaillent des cellules souches
embryonnaires de 64 individus ont été isolées, conservées par congélation ou
par mise en culture. Elles peuvent ainsi continuer à grandir tout en conservant
leur caryotype. Certaines ont déjà donné lieu à la formation de tissus
ectodermiques, endodermiques et mésodermiques. D’autre part elles semblent
pouvoir conserver leur caractère de pluripotence pendant plus de 12 mois.
Le but des prochaines recherches
est donc de déterminer les meilleures conditions de croissance de ces cellules
ainsi que le contrôle de la différenciation en cellules spécialisées comme des
neurones, des cellules musculaires, des cellules productrices d’insuline... Ces
recherches nécessitent l’étude plus approfondie du contrôle génétique de la
différenciation cellulaire.
4 : Les problèmes éthiques
soulevés et les différentes réactions qu’ils
suscitent.
o Les sujets de débat actuels :
o Qu’est ce qu’un embryon ? » :
Cette
question est en effet à la base du débat car si un embryon est déjà un être
humain, alors nous ne pouvons rien lui faire ce que nous ne ferions pas à une
personne.
Mais si un
embryon est juste un ensemble de cellules humaines alors les restrictions à
appliquer sont moindres.
Ce qui est
sûr est qu’il possède un statut unique de par sa potentialité à devenir un être
humain.
Il faut en
effet le respecter en tant que source de vie mais de quelle façon le respecter
?
A ce sujet
les opinions divergent.
Pour le professeur
Axel Kahn (opposé au clonahge thérapeutique), il serait peut-être plus digne
pour un embryon de servir à sauver des vies humaines plutôt que de finir jeté
dans le fond d’un lavabo.. Le problème est donc le
suivant :
o « Est-il légitime d’utiliser l’embryon à des fins de recherche ? ».
De plus, ces
méthodes sont l’objet de débats : l’interdiction de celles-ci est souhaitée car
on y voit le début du clonage reproductif. Mais Henri Atlan, biologiste émérite
à la faculté de médecine Broussais-Hôtel-Dieu de Paris, soutient qu’il s’agit
d’une instrumentalisation d’artéfacts cellulaires et non d’une réification
d’embryons humains car les noyaux utilisés ne sont pas issus d’une fécondation.
Henri Atlan est, par ailleurs, favorable à une interdiction internationale avec
criminalisation du clonage reproductif.
o Enfin le clonage thérapeutique risque de provoquer le trafic d’ovocytes.
Les points
de vue religieux sont aussi très écoutés car jusqu’où les recherches médicales peuvent
aller sans bafouer leurs croyances quant au caractère sacré de la vie humaine ?
o Les divergences religieuses :
Les manipulations sur les
embryons seraient acceptées par l’Islam si elles sont réalisées avant la
naissance de l’âme qui aurait lieu le 40ème jour après la
fécondation. De même pour le christianisme le statut de l’homme s’acquiert peu à peu et ne l’est donc pas encore au
cours dès les premiers stades de l’embryon. Cette acquisition se fait dans le judaïsme après
l’implantation ce qui autoriserait les recherches à des fins
thérapeutiques sur des embryons surnuméraires conservés in vitro sans
perspective d’implantation, car sauver des vies humaines est doté d’une grande
importance.
En revanche l’être humain
existant dès la fécondation pour les catholiques, l’embryon est un individu ayant
droit à sa propre vie et ne peut donc en aucun cas faire l’objet d’un sacrifice
pour la recherche médicale.
5 : Quelques arguments en faveur
... :
o En premier lieu, les espoirs thérapeutiques sont tels qu’il est difficile pour beaucoup d’envisager de renoncer à l’exploration de cette voie.
o Par ailleurs nous devons bien situer le débat dans un contexte mondial, car en prenant le cas d’un pays qui refuse catégoriquement toute recherche sur des cellules embryonnaires, que fera-t-il dans quelques années si d’autres pays l’ayant autorisés possèdent de nouvelles méthodes de guérison de maladies actuellement non soignées ? Soit il refuse leur utilisation ce qui signifie refuser de sauver des vies humaines alors qu’il en existe les moyens... Soit il accepte d’appliquer ces méthodes alors qu’il a rejeté la procédure qui a permis leur mise au point... Ce point est en effet un réel problème car nous ne pouvons non plus suivre par contrainte des décisions que nous ne reconnaissons pas..
Ainsi de fortes convictions
s’opposent quant au démarrage des recherches sur ces voies thérapeutiques, mais
la manipulation d’embryon pour la recherche biomédicale ne peut rester
l’affaire de convictions personnelles. La recherche doit être encadrée par une
réglementation minimale. C’est apparemment actuellement l’affaire de chaque
nation de trouver un consensus...
B/
Utilisation de cellules souches adultes,
Tandis que le débat sur les manipulations d’embryons
humains fait rage, une alternative se profile. L’organisme adulte serait un
vaste réservoir de cellules souches. Présentes au cœur des organes, ces
dernières sont
destinées à remplacer les cellules abîmées à régénérer des tissus. Elles sont cependant
plus spécialisées que des cellules embryonnaires. Leur prélèvement, leur
isolement, leur amplification dans un milieu adéquat de
culture, leur différenciation vers de nouvelles fonctions pourraient permettre
de les réimplanter dans l’organisme en vue d’applications thérapeutiques.
En attendant l’autorisation de
travailler sur les embryons humains, la recherche sur ces cellules souches
adultes avance. De multiples difficultés persistent : le contrôle de la
multiplication des cellules en culture, de leur différenciation, la garantie de
la stabilité des caractères qu’elles expriment et celle de leurs gènes, le
risque de
prolifération tumorale…De plus, les cellules souches provenant d’un adulte sont
particulièrement rares et difficiles à isoler. On recherche les ingrédients de
la multiplication et leur survie dans le milieu de culture
et de leur différenciation. Les cellules adultes se mettent facilement au
repos, c’est pourquoi les milieux de cultures appliqués aux cellules
embryonnaires ne sont souvent pas efficaces sur les cellules adultes.
On a longtemps pensé que les
cellules souches adultes montraient de nombreux inconvénients comme leur faible
nombre, leur appartenance à quelques tissus particuliers, leur aptitude modérée
à se proliférer et que leurs applications thérapeutiques seraient plutôt
limitées.
Cependant, depuis deux ans, on
découvre que la plupart des tissus disposent d’une réserve de cellules souches.
On a réussi ces derniers mois à extraire des cellules souches du tissu adipeux,
on a trouvé des cellules souches dans les follicules pileux et on sait
maintenant depuis 1992, qu’il existe des cellules souches neuronales logées
dans le cerveau. La maîtrise de cette neurogenèse permettraient
le développement d’outils thérapeutiques pour le traitement des lésions
cérébrales ou des maladies neurodégénératives.
Une nouvelle voie se présente
actuellement : la greffe de cellules nerveuses sur des cerveaux provenant de
personnes venant de décéder. Sur le plan éthique cette technique présenterait
l’avantage de rendre inutile le recours aux tissus fœtaux ou au clonage
thérapeutique mais elle pose d’autres questions. On peut craindre que cette
greffe entraîne une greffe de la pensée, ce qui est improbable puisqu’il ne
s’agit que de greffer des neurones et non de créer des connexions entre eux.
Les risques de rejet de greffe sont eux aussi à exclure puisque le système
immunitaire est peu
actif dans le cerveau. Enfin, cette méthode pourrait aussi provoquer un risque
de commerce de cadavres ou de trafic de jeunes enfants, étant donné la rareté
de ces cellules utilisables.
De plus, on découvre que les
cellules souches adultes ne sont pas prédestinées à engendrer uniquement
quelques types cellulaires présents dans le tissu qui les héberge. En effet,
des expériences récentes montrent qu’il suffit de les placer dans un
environnement adéquat pour modifier leur destinée. Par exemple, les cellules
souches du tissu osseux peuvent donner naissance à des tissus conjonctifs,
adipeux, cardiaque, et même à des neurones.. De même,
les cellules fondatrices des lignées sanguines peuvent se différencier en
cellules du foie, du poumon, des voies gastro-intestinales et de la peau.
Les premières expérimentations
sur l’homme sont en cours, notamment dans l’espoir de traiter des maladies
dégénératives du cerveau (Parkinson, Alzheimer).
En août 2001, des américains ont
réussi à montrer que des cellules normalement
programmées pour le renouvellement osseux pouvaient
représenter une source de neurones acceptable.
Des expérimentations sont aussi
menées dans le but de répares les lésions cardiaques laissées par un infarctus.
En 2000, en France, la première
greffe de cellules souches musculaires a permis la reconstruction et le bon
fonctionnement d’un cœur lésé.
Une méthode de culture in vitro a
été mise au point en France pour obtenir des globules rouges à partir des
cellules souches de la moelle osseuse, cette méthode représente donc un espoir
immense dans le domaine de la transfusion sanguine.
Il devient donc envisageable de
prélever des cellules souches adultes les plus accessibles (dans la peau ou
dans la moelle osseuse, par exemple ) de les guider
vers un nouveau destin cellulaire, puis de les réimplanter dans un autre tissu.
Cette méthode est donc une alternative séduisante à la manipulation des
cellules embryonnaires, très controversée.
Cette méthode consiste à prélever
des cellules souches présentes dans un cordon ombilical de nouveau-né (qui doit
être compatible avec le malade).
Elles seront ensuite cultivées et
orientées vers la différenciation souhaitée. Le tissu ainsi généré sera alors
implanté dans l’organisme du malade.
Le problème vient de la
considération suivante : les cellules du cordon ombilical appartiennent-elles à
l’individu ? Et si oui, les prélever était une atteinte à son identité ?
Aurait-on le droit de les extraire sans l’accord de l’individu ?
D’autre part cette méthode présente le risque
suivant : lorsqu’un enfant est atteint d’une grave maladie, les parents
seraient susceptibles d’en faire un autre uniquement pour soigner le premier.
LES
DIFFERENTES POSITIONS ADOPTEES DANS LE MONDE FACE A LA QUESTION DU CLONAGE
THERAPEUTIQUE
*La loi du 29 juillet 1994
Cette loi dit que ….
Cette interdiction s’étend
implicitement au clonage thérapeutique dont on
ne parle pas à l’époque. Le législateur prévoyait une révision de cette
loi en 1999, tenant compte des avancées scientifiques. Aujourd’hui, la révision
est toujours en cours.
o La position prise par Lionel Jospin en novembre 2000
Lionel Jospin s’était déclaré en
faveur du clonage thérapeutique proprement dit sans toutefois employer ce
terme, pour éviter de faire l ‘amalgame avec le clonage reproductif.
*L’avant projet de loi voté par
le CCNE (…) en février 2001
Le CCNE a adopté à 14 voix contre
12 un avis favorable au clonage thérapeutique.
*La position adoptée par Jacques
Chirac
A la suite de la décision du
CCNE, Jacques Chirac s’est déclaré contre le clonage thérapeutique, en mettant
en avant 2 arguments principaux : le risque d’évoluer vers le clonage
reproductif et celui de développer un trafic d’ovocytes.
o La déclaration du 9 août 2001 de Georges W.Bush
Dans cette déclaration, Georges Bush
interdit le financement fédéral des recherches sur les cellules souches issues
d’embryons. Il a cependant autorisé
l’allocation des fonds pour les recherches sur les 64 lignées de
cellules souches répertoriées dans le monde.
Certains conservateurs
applaudissent ce compromis, tandis que d’autres trouvent moralement
inacceptable la poursuite des recherches sur les lignées répertoriées.
Les scientifiques sont
majoritairement déçus puisque, d’une part, la majorité des 64 lignées appartiennent
à des laboratoires privés et leur sont donc inaccessibles, d’autre part, le
nombre de ces lignées est trop limité pour les recherche
souhaitées.
En ce qui concerne les
entreprises privés de biotechnologies, pas concernées
par la limitation des fonds, et qui ont vu leur côte flamber à la bourse, leur
directeurs se réjouissent de cette décision.
Aux Etats-Unis, l’académie
nationale des sciences a demandé lors du Conseil Bioéthique du 18 janvier 2002
un ban légalisé contre le clonage reproductif visant la procréation, mais a
fermement soutenu le clonage thérapeutique. Le président George W. Bush, face à
ces réclamations, s’oppose à tout type de clonage et le Sénat va considérer
soit un ban généralisé à tout type de clonage, soit un ban contre le clonage
reproductif et un projet de loi permettant le clonage thérapeutique. Cette
opposition politique au clonage thérapeutique s’est, en effet, intensifiée
depuis, entre autres, l’annonce de l’ACT
(Advanced Cell Technology, Worcester, MA), du succés limité de leurs résultats
en matière de clonage d’embryons humains.
Sources :
nature biotechnology, VOLUME 20, JANUARY 2002 (voir
aussi http://biotech.nature.com)
NATURE, VOL 415, 14 FEBRUARY 2002, www.nature.com
The New York Times Company, http://www.nytimes.com/2002/01/19/opinion/19SAT2.html
3 tendances se distinguent aux
vues des législations dans le monde :
o Interdiction de toute manipulation ou recherche sur les embryons:
Irlande, Allemagne, Autriche,
Hongrie, Pologne, Norvège, Tunisie, Suisse, Italie, Brésil, Pérou, Equateur,
Costa Rica
o Recherche autorisée mais pas de création d’embryon à des fins de recherche: Canada, Suède, Finlande, Espagne, Danemark, Grèce, Slovénie, Slovaquie
o Recherche et création autorisées: Royaume Uni, Pays Bas, Belgique (pour l’instant)
Il apparaît difficile de trouver
une position cohérente commune à tous les pays, ce qui pourtant semble
nécessaire.
Comme on le voit, le débat reste
actuel. Pour les années à venir, il faudra tenir compte non seulement de l’évolution
des mœurs, mais également des avancées des recherches scientifiques pour les
différentes méthodes.
A .Frobert,
Avril-Mai 2003